9 ans déjà que j’ai quitté la Martinique

C’est officiel, ça fait 9 ans déjà que j’ai quitté la Martinique pour partir étudier à Paris. Au début j’avais signé pour un aller-retour. Un contrat à durée déterminée de 5 ans loin de ma famille et de ceux que j’aime, juste le temps d’obtenir mon master en marketing et de revenir « au pays ».

Le départ

Je me souviens du jour de mon départ à l’aéroport, du regard sérieux et confiant de ma maman. Un regard qui ne laissait rien paraître de sa tristesse ou de ses inquiétudes. J’ai reçu un câlin de départ et une consigne que je n’oublierai jamais : tu sais pourquoi je t’envoie. Quand votre mère vous dit ça et que vous l’aimez, vous vous y tenez (du mieux que vous pouvez).

Je me rappelle des pleurs de mon petit frère de 3 ans à la porte d’embarquement, du regard triste de ma sœur. Je me souviens également de ce mélange d’excitation et de peur à l’idée de partir en France seule et pour la première fois. 18 ans à peine, la tête remplie de rêves, j’avais une volonté de partir à l’aventure, de grandir.

Ce départ que je vous raconte, de nombreuses personnes l’ont vécu et le vivrons encore et encore. Sachez que la plupart des antillais que vous rencontrez ici, en France métropolitaine, sont partis pour étudier, travailler ou pour toutes autres raisons personnelles…

Dans l’avion

A travers le hublot, j’ai vu mon île paradisiaque devenir de plus en plus petite puis disparaître à travers les nuages. J’ai serré les dents et respiré pour maîtriser les flots de larmes qui abandonnaient mon corps petit à petit. J’ai ressenti le premier déchirement de toute ma vie.

La vie en Ile-de-France/Paris

Lorsque l’on reçoit sa lettre d’admission 8 mois avant la rentrée en école ou à la fac, on est à mille lieux de savoir ce qui nous attend réellement. Il faut une bonne dose de courage, de débrouillardise, et de volonté pour tenir seul car les coups durs frappent sans prévenir : les premières températures négatives, les problèmes d’adulte qu’on ne connaissait pas avant, les mauvaises notes alors que l’on se défonce pour réussir, le découvert bancaire (parce qu’on a jamais eu autant de choses à payer), le premier noël loin de la famille. La liste peut être longue. Sé pas piess rigolade ki la ! (Ce n’est pas de la rigolade)

Bonne nouvelle (ou pas), ça fait maintenant 9 ans que je suis ici, ça signifie que je ne suis pas retournée en Martinique comme prévu et que j’ai tenu bon. Mon cursus universitaire n’a pas été linéaire, j’ai fini par en faire à ma tête. J’ai étudié, j’ai arrêté, j’ai voyagé, j’ai repris…
Pourquoi étudier, décrocher son diplôme puis son CDI, se fiancer, acheter une maison, se marier et faire des enfants ? Ce n’est pas pour moi ça.

Il nous faut parfois des situations violentes ou inconfortables pour changer notre routine et révéler des choses dont on ne se sentait pas capable avant ça.


La recherche de mon premier boulot

Au bout de 2 ans en IDF mes parents ont réduit considérablement le nombre de virements; à la quatrième année d’études ma mère a tiré le frein à main et coupé les vivres. Allez ma fille ! It’s time to grow up. A peine sortie de licence, il me restait deux années d’études. Avec un loyer de fou à payer et le coût de la vie d’un étudiant à Paris, la seule option évidente était de suivre mes études en alternance. Saluuut Indépendance.
Ces deux dernières années ont été les meilleures. Votre loyer est payé, l’employeur paie votre formation et si vous vous débrouillez bien, il vous reste des sous pour vous faire plaisir.

Et après?

J’ai terminé mes études en alternance, je vis toujours en IDF, je suis à 100% indépendante. Merci maman et papa pour votre soutien pendant mes premières années.

J’ai décroché un CDI (par la force des choses) et je pense déjà au jour où je plaquerai tout. Je ne retournai pas en Martinique pour le moment.

De nombreux blogs et articles ont mis en avant les jeunes qui reviennent au pays mais je tiens à souligner que tout le monde ne se sent pas prêt à le faire.  Je ne pourrai pas parler à la place des autres mais depuis nos pays d’adoption, la France, le Canada, le Royaume-uni, etc, nous avons tous nos rêves, nos ambitions et nos modes de vie loin de la Martinique. Cette vie n’est pas toujours facile, nos familles nous manquent, l’air de notre île également, mais ce sont des choix assumés dans le but d’accomplir nos rêves ou nos objectifs.

1 Commentaire

  1. Jordan
    9 janvier 2018 / 13:50

    Life style girl

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